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Interview : Tiffany « Miss CBD », la voix de la prévention CBD en France
Dans le cadre de notre travail de fond sur l'information autour du CBD, nous avons échangé avec Tiffany Ortiz, plus connue sous le nom de Miss CBD sur les réseaux sociaux. Ancienne responsable de boutique CBD, aujourd'hui créatrice de contenu suivie par une large communauté, elle consacre une grande partie de son travail à la pédagogie et à la prévention autour du cannabis légal. Elle a accepté de répondre à nos questions sur son parcours, sa démarche et sa vision de la prévention en France. Interview.
Parcours & origines
Qui es-tu en quelques mots ? Quel est ton parcours avant de te spécialiser dans le CBD et plus particulièrement dans la prévention ?
Je m'appelle Tiffany Ortiz, plus connue sous le nom de Miss CBD sur les réseaux sociaux. Mon parcours est assez atypique. Après un bac littéraire et une année de licence d'espagnol, j'ai choisi d'entrer dans la vie active. J'ai exercé de nombreux métiers : barmaid dans un hôtel 4 étoiles, responsable de bar, commerciale dans les pompes à chaleur, régleuse de machines dans une usine de flexibles de freins, vendeuse en boutique de prêt-à-porter et en boulangerie… Des expériences très différentes, mais qui ont toutes renforcé mon goût du contact humain et de la communication.
En parallèle, j'ai longtemps été consommatrice de cannabis. Cette plante m'a toujours passionnée, autant pour son histoire que pour sa culture, ses usages et tout ce qui l'entoure. C'est d'ailleurs cette passion qui m'a conduite à intégrer le secteur du CBD. En travaillant sur le terrain, au contact quotidien des consommateurs, je me suis rapidement aperçue que les idées reçues étaient omniprésentes et que beaucoup de personnes manquaient d'informations fiables.
J'ai alors commencé à partager mes connaissances sur les réseaux sociaux, d'abord par passion et avec l'envie de rétablir certaines vérités. Puis, au fil du temps, en parlant davantage de mon propre parcours — mes addictions passées, mes maladies chroniques, mon parcours de reconstruction — une autre dimension est apparue : la prévention.
Aujourd'hui, mon travail consiste avant tout à vulgariser des sujets parfois complexes, à promouvoir la réduction des risques et à donner au public des informations aussi objectives que possible. Mon objectif n'est pas d'encourager la consommation, mais d'aider chacun à mieux comprendre le cannabis légal et à faire des choix éclairés.
Comment en es-tu venue à travailler dans ce domaine ? Y a-t-il un déclic personnel, professionnel ou une rencontre déterminante ?
Avant de travailler dans le secteur du CBD, je n'étais pas créatrice de contenu. J'avais un compte Instagram personnel sur lequel je partageais principalement ma passion pour le mannequinat et des moments de mon quotidien. En stories, je parlais déjà de cannabis, de mon parcours de consommatrice, de mon sevrage du THC et de ma découverte du CBD.
C'est grâce à ces stories que tout a commencé. Le gérant de la première entreprise pour laquelle j'ai travaillé est tombé sur mon profil et m'a proposé de prendre la responsabilité de sa première boutique physique, sans même me demander de CV. En travaillant quotidiennement au contact des consommateurs, j'ai pris conscience du manque d'informations fiables autour du CBD et du nombre d'idées reçues qui circulaient. J'ai commencé à créer des vidéos sur TikTok, puis en 2022, un compte Instagram entièrement dédié au CBD. Au fil du temps, mon contenu a naturellement évolué vers la prévention.
D'où vient le nom « Miss CBD » ? Qu'est-ce qu'il dit de ta démarche ?
À l'origine, je voulais choisir « Madame CBD », déjà pris. Avant même que je crée un compte dédié, un abonné avait commencé à m'appeler « Miss CBD » dans les commentaires. Le surnom est resté. Aujourd'hui, il représente le lien construit avec ma communauté et ma volonté de parler du cannabis légal avec pédagogie, transparence et honnêteté. Derrière « Miss CBD », il n'y a pas un personnage : il y a simplement Tiffany, une passionnée qui aime transmettre et informer.
Son action de prévention
En quoi consiste concrètement ton travail de prévention ? Quels formats utilises-tu ?
Mon travail passe avant tout par l'information et la vulgarisation : les cannabinoïdes, le système endocannabinoïde, la réglementation, la réduction des risques ou encore les différences entre le CBD, le THC et les cannabinoïdes de synthèse. Je partage ce contenu via des vidéos, publications et stories, où je décrypte l'actualité, j'explique des études scientifiques et je déconstruis les idées reçues.
Une autre partie importante de mon travail consiste à réaliser des tests et des reviews de produits — analyser la composition, les cannabinoïdes, les terpènes, le mode de fabrication et les points de vigilance. Pour moi, bien informer avant une consommation fait pleinement partie de la prévention. Je consacre aussi beaucoup de temps à répondre aux messages privés de ma communauté, et quand cela dépasse mon domaine de compétence, j'oriente vers des professionnels de santé ou des structures adaptées.
À qui s'adresse principalement ton action ?
Mon action s'adresse avant tout au grand public. Ma communauté s'est diversifiée avec le temps : personnes qui découvrent le CBD, consommateurs expérimentés, personnes qui souhaitent réduire leur consommation de THC, proches en quête d'informations, mais aussi professionnels du secteur, soignants, éducateurs et travailleurs sociaux. Je ne cible pas un public en particulier : je m'adresse à toutes les personnes qui souhaitent comprendre plutôt que croire.
Quels messages clés cherches-tu à faire passer en priorité sur le CBD ?
Trois messages prioritaires. D'abord, le CBD n'est pas le THC : deux cannabinoïdes différents, avec des effets et un cadre réglementaire distincts. Ensuite, un produit naturel n'est pas forcément sans risque : le CBD n'est pas adapté à tout le monde, il existe des contre-indications et des interactions avec certains médicaments. Enfin, l'importance de savoir ce que l'on consomme : composition, traçabilité, analyses, pratiques des fabricants. Plus largement, j'aimerais que les consommateurs développent un esprit critique face aux informations contradictoires qui circulent sur les réseaux sociaux.
CBD & santé publique
Quelle est selon toi la principale incompréhension du public vis-à-vis du CBD aujourd'hui ?
Beaucoup pensent encore que le CBD et le cannabis sont une seule et même chose, et associent automatiquement le cannabis au THC et à l'usage récréatif. À l'inverse, certains considèrent le CBD comme totalement inoffensif ou lui attribuent des propriétés presque miraculeuses. La réalité est plus nuancée : le CBD est un cannabinoïde parmi plus d'une centaine présents dans la plante, il ne provoque pas les effets psychotropes du THC, mais cela ne signifie pas qu'il est adapté à tout le monde ou sans précaution.
Où situes-tu la frontière entre usage responsable et usage à risque du CBD ?
Un usage responsable commence par une consommation éclairée : savoir ce que l'on consomme, choisir des produits de qualité, respecter les doses, tenir compte de sa situation personnelle. L'usage devient plus à risque quand il repose sur un manque d'information — produit dont on ne connaît ni la composition ni la provenance, doses excessives, consommation malgré des contre-indications. Je l'explique souvent simplement : le CBD est un outil, pas une baguette magique.
Comment abordes-tu la question de la confusion CBD/cannabis dans ton travail de prévention ?
J'explique que le CBD est issu du cannabis, tout comme le THC — ce n'est pas une molécule fabriquée en laboratoire ni une plante différente. Le cannabis se décline en plusieurs types selon les cannabinoïdes dominants : le cannabis à dominance THC (type 1), que l'on retrouve sur le marché illicite, et les fleurs de CBD commercialisées légalement, à dominance CBD (type 3). Quand les gens comprennent que ces deux produits proviennent de la même plante mais n'ont pas la même composition ni le même cadre réglementaire, beaucoup d'idées reçues disparaissent naturellement.
Y a-t-il des populations pour lesquelles tu es particulièrement vigilante ?
Oui, notamment les adolescents, les femmes enceintes ou allaitantes, et les personnes sous traitement médical. Étant moi-même atteinte de plusieurs maladies chroniques, je sais à quel point il est important de ne pas prendre un produit à la légère, même naturel. Je rappelle souvent que le CBD peut interagir avec certains médicaments et qu'il est toujours préférable de demander l'avis d'un professionnel de santé en cas de doute.
Enjeux & défis du secteur
Quel est le plus grand frein à une prévention efficace autour du CBD en France aujourd'hui ?
Un frein double : d'un côté, le marketing abusif de certaines entreprises qui présentent le CBD comme une solution miracle ; de l'autre, la stigmatisation qui entoure encore le cannabis, alors que c'est une plante complexe contenant de nombreuses molécules aux effets et risques différents. À cela s'ajoute une confusion grandissante autour des molécules de synthèse : beaucoup de consommateurs ne savent plus faire la différence entre le CBD, le THC et ces molécules fabriquées en laboratoire, qui peuvent présenter des risques bien plus importants.
Comment perçois-tu le rôle des pouvoirs publics et des institutions de santé sur ce sujet ?
Il reste beaucoup de travail. La couverture médiatique manque souvent de nuances : CBD, THC et molécules de synthèse sont régulièrement mélangés dans le discours médiatique. J'aimerais voir davantage de campagnes d'information basées sur la réduction des risques, avec un discours clair et fondé sur les connaissances scientifiques actuelles. Mieux informer ne signifie pas encourager la consommation — au contraire.
La réglementation actuelle est-elle adaptée à une bonne information du public ?
Je ne pense pas qu'elle soit suffisante, déjà parce qu'elle évolue régulièrement. Une loi ne suffit pas à informer les gens : beaucoup de consommateurs ne savent toujours pas faire la différence entre le CBD, le THC et les molécules de synthèse, ni pourquoi certains produits sont légaux et d'autres non. La réglementation actuelle ne devrait pas seulement dire ce qui est autorisé ou interdit — elle devrait aussi permettre au public de comprendre pourquoi.
Son engagement au quotidien
Quel a été ton moment de doute le plus fort dans cette mission ?
Sans doute lorsque j'ai commencé à subir du harcèlement sur les réseaux sociaux, avec des campagnes de signalements et la perte de plusieurs comptes construits pendant des mois ou des années. Le plus difficile n'était pas de perdre des abonnés, mais de voir disparaître tout le travail de prévention réalisé. Ce qui me pousse à recommencer, ce sont les messages de personnes qui me disent qu'une de mes vidéos les a aidées à mieux comprendre le CBD ou à éviter une erreur.
Comment gardes-tu ta crédibilité et ton indépendance dans un secteur commercial très actif ?
Ma crédibilité repose avant tout sur la transparence. Je n'hésite pas à dire lorsqu'un produit ne me convainc pas ou qu'une communication est trompeuse. Je distingue toujours les faits de mon opinion, en prenant le temps de me documenter, de lire les études disponibles et de croiser les sources avant de prendre la parole. Je ne défends pas une marque, je défends le droit des consommateurs à une information honnête et fiable.
Perspectives
Quelles évolutions vois-tu dans la prise de conscience collective sur le CBD ces dernières années ?
Une vraie évolution : les gens osent davantage poser des questions et cherchent à comprendre avant de juger. Les consommateurs sont devenus plus exigeants sur la qualité des produits, les analyses et la provenance. Il reste du travail — les amalgames entre CBD, THC et molécules de synthèse sont encore très présents — mais je suis optimiste : la prévention et le dialogue feront évoluer les mentalités bien plus efficacement que les discours extrêmes.
Si tu ne devais donner qu'un seul conseil à quelqu'un qui souhaite consommer ou arrêter le CBD, ce serait lequel ?
Informez-vous. Prenez le temps de comprendre ce que vous utilisez, de vous renseigner sur les molécules, de choisir des produits de qualité et de vérifier vos sources. Et si vous êtes dans une démarche de sevrage, ne restez pas seul : demander de l'aide n'est pas un signe de faiblesse.
La touche personnelle
Comment décrirais-tu ta mission en une phrase ?
« Ma mission est de transformer les idées reçues en connaissances, pour que chacun puisse faire des choix libres, responsables et éclairés. »
Un grand merci à Tiffany pour le temps accordé à cet échange et pour son travail de fond sur l'information et la prévention autour du CBD.
Propos recueillis à titre éditorial, sans contrepartie financière. À visée informative ; ils reflètent l'expérience et les opinions de la personne interviewée et ne constituent pas un conseil médical.